Le débat entre les candidats à la vice-présidence est déjà passé aux oubliettes

L’hospitalisation de Donald Trump a jeté une lumière nouvelle sur le débat entre candidats à la vice-preesidence, en rappelant qu’à tout moment la personne qui occupe la vice-présidence peut être amenée à remplacer provisoirement ou définitivement le Président en cas d’incapacité de ce dernier à exercer ses fonctions.

Pourtant, il y a quelques jours encore, le débat des colistiers pour l’élection de 2020 était considéré comme un évenement mineur dans la course à la Présidence1Qui se souvient du débat en 2016 entre Mike Pence et Tim Kayne, colistier d’Hillary Clinton, largement disparu des radars depuis ?.

En premier lieu, le débat des « Veeps », comme on l’appelle, n’a jamais été déterminant pour la course à la Présidence, depuis qu’il a été organisé pour la première fois en 19762Certes, quelques moments sont restés dans l’histoire : quand Lloyd Bentsen avait d’une formule calmé les ambitions nationales de Dan Quayle ou quand Sarah Palin – on ne se lassera jamais de la parodie de ce débat par le Saturday Night Live – avait confirmé en 2008 qu’elle était bel et bien une erreur de casting..

Surtout, la campagne électorale 2020 est presque exclusivement focalisée sur, d’une part, Donald Trump et sa personnalité (c’est à la fois son souhait et celui de son adversaire Joe Biden), et, d’autre part, la pandémie de coronavirus, ce qui laisse une place très limitée à toute autre sujet de discussion. On pensait donc que les conséquences du débat sur le scrutin du 3 novembre seraient limitées.

Pourtant la présence, pour la première fois, d’une femme afro-américaine dans l’arène, en la personne de Kamala Harris, choisie par Joe Biden en août dernier, aurait pu susciter une certaine curiosité, d’autant que tout l’oppose, en matière de parcours personnel et d’idées politiques, à Mike Pence, vice-président sortant et figure de proue des conservateurs chrétiens fondamentalistes.

Mais c’est surtout quand le Président a annoncé avoir été testé positif que tout le monde s’est souvenu que le vainqueur de l’élection, que ce soit Trump ou Biden, sera le Président le plus âgé de l’histoire à commencer un mandat. Mike Pence et Kamala Harris ne sont donc pas seulement des faire-valoir (on pourrait cruellement résumer leur rôle de la façon suivante : Pence est là pour garantir le vote chrétien, Kamala Harris pour susciter l’enthousiasme des jeunes et motiver les électeurs des minorités éthniques) ou des personnalités politiques qui se positionnent pour la présidentielle de 2024, mais désormais également deux personnes qui pourraient bien exercer la fonction présidentielle à court terme.

Par ailleurs, le Président ne peut théoriquement plus faire campagne lui-même pendant quelques temps (même s’il a l’air bien décidé à redescendre dans l’arène au plus vite avec la bénédiction de ses médecins). Mike Pence, qui se multipliait déjà partout dans le pays (auprès de l’électorat chrétien par exemple) mais à bas bruit médiatique, pouvait dès lors prendre, pour quelques temps au moins, une place beaucoup plus importante dans la campagne, aux côtés des enfants Trump qui ont pour mission de remplacer leur père pour mobiliser les supporters les plus fervents (le fameux « pays MAGA », comme on les appelle, reprenant l’acronyme du slogan de 2016 « Make America Great Again »).

Enfin, le maintien des deux débats entre les candidats à la Présidence, prévus le 15 octobre puis le 22 octobre, était très incertain – et le deuxième débat a d’ailleurs été annulé le 9 octobre : Donald Trump a refusé de participer à un débat virtuel, tandis que les démocrates n’étaient évidemment pas disposés à prendre le moindre risque pour la santé de Joe Biden3A posteriori, ils ont compris que Trump était peut-etre déjà contagieux lors du premier débat du 29 septembre, comme ses proches qui n’avaient pas respecté les gestes barrière imposées aux participants.,

Ils comptaient bien aussi utiliser les questions de forme quant à l’organisation, comme ils l’ont fait en exigeant que soit installées des vitres de plexiglas entre Harris et Pence lors du débat des colistiers, pour rappeler aux électeurs que la pandémie est encore bien présente et que le Président a été incapable de protéger lui-même et son entourage4Il y a sans doute aussi l’idée de placer de mettre la Maison Blanche dans l’embarras en exigeant des précisions sur l’état de santé du Président ou sur la date supposée de sa contamination – et donc la date théorique de fin de sa quarantaine, alors qu’il apparaît désormais de plus en plus clairement que le Président a continué ses activités publiques sans aucune précaution alors qu’il se savait malade et donc potentiellement contagieux..

Alors qu’on ne sait donc toujours pas si un nouveau débat entre Biden et Trump aura lieu, le débat des « Veeps » était peut-être la dernière occasion pour les deux camps de plaider la cause de leur candidat (et de critiquer l’adversaire) et de confronter leurs « projets » devant une grande audience nationale et avec des retombées médiatiques potentiellement importantes.

Par ailleurs, alors que Trump n’avait pas réussi à fragiliser Biden lors du premier débat entre candidats à la Présidence, l’équipe de campagne de Trump voyait sans doute dans ce débat une occasion de tenter un coup pour combler le retard (grandissant selon les sondages) du Président sortant.

Trump n’ayant jamais réussi, depuis le début de la campagne, à faire passer l’idée que Joe Biden, malgré son image de modéré, était en réalité candidat aux mains de l’aile gauche du parti démocrate qui mettrait en œuvre s’il était élu une politique « socialiste », on pouvait tenter par ricochet à s’attaquant à Kamala Harris, en expliquant qu’elle était excessivement progressiste, qu’elle prendrait rapidement l’ascendant sur Biden5Ce qui est fait écho aux théories de l’ultra-droite sur la sénilité ou la faiblesse du candidat démocrate. ou qu’elle avait de bonnes chances d’être très bien placée pour lui succéder.

C’est bien sûr ce qu’a tenté de faire Mike Pence tout au long du débat en mettant en avant les prises de position de Kamala Harris quand elle était sénatrice (soutien au « Green New Deal » porté par l’aile gauche du parti démocrate, mais que Biden n’a pas endossé dans sa totalité), pendant la primaire démocrate (Harris prônait l’interdiction immédiate du fractionnement hydraulique, rejetée depuis par Joe Biden – or le sujet est particulièrement sensible en Pennsylvanie, état déterminant pour le résultat de l’élection à venir), ou son soutien déterminé aux manifestations (que Pence qualifie d’« émeutes ») du mouvement « Black Lives Matter ».

Le tout pour présenter Biden comme un candidat beaucoup moins modéré qu’il ne le prétend, quitte à exagérer la position de ce dernier sur le droit à l’avortement ou à présenter de façon trompeuse la réforme fiscale proposée par le candidat démocrate. Avec une formule marquante pour résumer cela :

« Joe Biden dit que la démocratie est le principal enjeu de cette élection. Mais ne vous y trompez pas : c’est l’économie américaine, c’est la reprise économique qui sont en jeu dans cette élection ».

Mike Pence, lors du débat des candidats à la vice-présidence du 7 octobre

Du côté de Kamala Harris, on s’attendait aux attaques et la candidate démocrate était évidemment préparée à répondre sur le fond, mais la partie était plus délicate à jouer quant à la posture à adopter sur la forme.

D’abord parce que tout le monde comparait le charisme des deux protagonistes et voyait Kamala Harris, ex-procureur, souvent brillante lors des auditions au Sénat, présentée comme une excellente débatteuse (malgré des prestations pas toujours convaincantes lors des débats de la primaire démocrate), dominer largement la confrontation avec un Mike Pence considéré comme fade et ennuyeux.

D’une certaine façon, cela plaçait le débat dans une situation inversée par rapport au premier débat entre Trump et Biden, avec des attentes élevées envers Kamala Harris (et pas seulement dans son camp) et Mike Pence en position de challenger.

On oubliait alors un peu vite que Pence a été un homme de média avant de faire une carrière politique nationale (il animait un talk show conservateur sur une radio locale de son état de l’Indiana, après l’échec de ses premières tentatives pour être élu au Congrès), qu’il avait été crédité d’une bonne performance dans le débat des « Veep » en 2016 et qu’en professionnel sérieux, il serait forcément bien préparé.

Il s’agissait dès lors pour Kamala Harris d’éviter l’excès de confiance, de rester à sa place de colistière (en mettant au second plan la tentation de profiter d’une exposition nouvelle et rare pour augmenter sa propre notoriété et briller dans la perspective de futures échéances) et, surtout, de ne pas en faire trop.

Car elle devait aussi éviter à tout prix de s’exposer aux critiques que les conservateurs (comme ils l’avaient fait il y 4 ans avec Hillary Clinton) étaient déjà prêts à déverser sur une femme afro-américaine, pour mettre en doute sa capacité à endosser la responsabilité de la vice-présidence : « trop ambitieuse », « hystérique », « méchante », « agressive », « énervée » (il s’agit là d’un cliché raciste6Qui était souvent utilisé à propos de Michelle Obama., celui qui dépeint les femmes afro-américaines qui cherchent à se faire une place dans la société américaine comme des « angry black women » – les femmes noires en colère, réminiscence des périodes esclavagiste et ségrégationniste7Pour dire les choses un peu rapidement, les femmes afro-américaines étaient présentées soit comme des séductrices, ce qui permettait de justifier les viols perpétrés par les blancs envers les esclaves puis leurs descendantes, soit comme des « femmes en colère » qu’il fallait alors mater, soit comme des « mamas », comme dans le portrait paternaliste de la nounou de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent ».).

Et Mike Pence a évidemment régulièrement essayé de la faire sortir de ses gonds, par des attaques personnelles sur Biden ou elle-même, et surtout en lui coupant la parole très régulièrement. 

Mais Harris avait bien préparé son coup : à chaque interruption, elle a tenté de prendre à témoin la modératrice (sans grand succès) et indiqué calmement, au vice-président en le regardant droit dans les yeux, qu’elle était en train de parler et qu’elle souhaitait terminer.

Son « I am speaking » est devenu viral (on trouve déjà des T-Shirts en vente…). De nombreuses femmes se sont reconnues dans la situation8On parlait déjà de « mansplaining » quand un homme monopolise la parole pour « donner une explication » sur un ton condescendant à une femme qui n’en n’a en général pas besoin : on verra si le terme « Pencesplaining » passe à la postérité. et cette expression semble bien partie pour devenir un slogan majeurs des associations pour l’égalité hommes – femmes aux Etats-Unis. Et ce n’est pas Harris qui passe pour une harpie mais plutôt Pence (qui a par ailleurs ignoré consciencieusement les rappels aux règles du débat désespérement effectuées par la journaliste chargée de modérer le débat) qui passe pour un macho irrespectueux, ce qui ne devrait pas aider le duo Trump – Pence àprogresser dans l’électorat féminin.

Kamala Harris a aussi ignoré les provocations et bon nombre d’appâts lancés par Pence et elle n’a pas relevé plusieurs énormités (lorsque Pence lui a demandé de « ne pas politiser la santé des américains » ou a prétendu, pour minimiser les 210 000 victimes du coronavirus, que le tandem Obama – Biden alors au pouvoir avait tellement mal géré l’épidémie de peste procine en 2009 que si cette maladie avait été plus dangereuse il y aurait eu des millions de morts américains9Le lecteur a bien lu.).

Tout cela au risque de décevoir une partie des militants démocrates qui aurait sans doute préféré que Harris dise davantage son fait (voire qu’elle mette une bonne raclée) à un Mike Pence qui n’est pas franchement aimé du côté progressiste, pour son soutien sans faille au Président10Mais peut-il faire autrement ? mais surtout pour ses positions ultra-conservatrices (anti-avortement, anti-mariage homosexuel) de militant chrétien fondamentaliste, ou sa négation permanente de l’existence d’un racisme systémique aux Etats-Unis.

Mais en réalité Kamala Harris a sans aucun doute appliqué le plan prévu côté démocrate, conçu pour tenir compte du contexte particulier : Biden étant nettement en tête dans les sondages (son avance aurait encore augmenté après le premier débat et l’annonce ), il ne s’agissait pas de briller et d’écraser son adversaire, mais d’assurer le coup et de poursuivre la stratégie qui réussit parfaitement actuellement11Avec l’aide du Président il faut bien le dire. : faire de la pandémie de coronavirus et de la faillite du Président en la matière le sujet numéro un de la campagne.

Dès lors, il fallait absolument éviter de prêter le flanc aux critiques (c’est ce qui explique que Kamala Harris, de peur d’être accusée d’instrumentaliser la santé du Président, n’a jamais évoqué le fait que le Président a été contaminé, alors qu’il y avait là une mine d’arguments dévastateurs) ou d’ouvrir un nouveau front en polémiquant sur d’autres sujets que la pandémie et le Président (ce qui explique par exemple qu’elle n’ait pas davantage poussé Pence dans ses retranchements sur le droit à l’avortement, car le camp Biden considère ne pas avoir intérêt à en faire un sujet majeur de la campagne).

Kamala Harris a ainsi plutôt bien rempli la mission qui lui était fixée.

Tout d’abord, par sa prestation sérieuse, et parce qu’elle a su saisir plusieurs occasions qui passaient pour se présenter son histoire personnelle et son parcours professionnel, elle s’est mieux fait connaître, sous un jour positif, du grand public (selon les enquêtes d’opinion, 20% des électeurs n’avaient pas d’opinion sur elle avant le débat).

Et elle a probablement définitivement désamorcé les questions qui auraient pu se poser quant à sa capacité à occuper la fonction de vice-présidente : on aura sans doute d’ici l’élection très peu de discussions sur le fait qu’on s’apprête à élire à ce poste majeur une femme afro-américaine, ce qui est paradoxal vu la portée historique de l’événement.

Ensuite, Harris a su, comme le fait Biden lui-même depuis plusieurs mois, rassurer les électeurs modérés (en s’alignant derrière les positions de Joe Biden sur la fracturation hydraulique, ou en rappelant son passé de procureure de Californie attachée au respect de la loi) tout en donnant des gages aux électeurs progressistes (en étant précise sur les mesures à prendre contre les violences policières par exemple).

C’est parce qu’il la pensait capable de tenir cet équilibre délicat que Joe Biden l’a choisie. Mais Kamala Harris et Joe Biden ont des profils tellement différents qu’il pouvait aussi être compliqué pour Kamala Harris d’être totalement synchronisée et cohérente avec Biden. Or aucune divergence entre les deux n’était perceptible lors du débat et Kamala Harris a montré sa loyauté envers la « tête de liste ».

Enfin, et surtout, elle a également martelé, dès sa toute première phrase, les principaux messages portés actuellement par Joe Biden, sur la faillite totale de l’administration Trump quant à la gestion du coronavirus (combien de fois a-t-elle cité le chiffre de 210 000 victimes ?), ses conséquences pour l’économie et les ménages vulnérables, sur le risque en cas de deuxième mandat Trump de voir démanteler les dispositfs d’assurance santé créé par l’ObamaCare (alors qu’au contraire Joe Biden souhaite les amplifier). Elle a ainsi parfaitement restitué les éléments de langage de la campagne Biden, s’exprimant avec la clarté, la concision et le sens de la formule qui manquent parfois à Biden lui-même.

« Les américains sont les témoins de la plus grande faillite qu’ait connu une adminsitration présidentielle dans l’histoire de notre pays. Et voici le faits. 210 000 morts en seulement quelques mois, 7 millions de personne touchés par le virus. Une entreprise sur cinq qui a fermé. Nous voyons les travailleurs essentiels qui ont été traité comme des travailleurs sacrifiés. Nous voyons plus de 30 millions de personnes qui ont demandé une allocation chIomage ces dernier mois. »

Premières phrases prononcées par Kamala Harris lors du débat des candidats à la vice-présidence le 7 octobre

Au final, les deux camps peuvent sans doute être satisfaits du débat. Certes Harris n’a pas brillé autant que certains l’attendaient, mais elle consolidé la position de Biden et évité les erreurs, ce qui reste la priorité quand on fait la course en tête.

Côté républicain, Pence, qui, quand on y songe, était dans une situation impossible au vue de la situation du pays et alors que Donald Trump raconte n’importe quoi (encore plus que d’habitude) depuis qu’il est malade12Au point que l’on s’interroge de plus en plus sur un possible effet du traitement médical qui lui a été administré, puisque les stéroïdes qui lui ont été administrés sont réputés avoir des effets secondaires tels que le confusion, l’irritabilité, etc., est sorti du débat sans réel dommage.

Certes, il a beaucoup été sur la défensive mais il a, comme il le fait depuis 4 ans, impeccablement et sans sourciller 13Et ce malgré une mouche qui s’est posée pendant deux minutes sur sa coiffure impeccable sans qu’il ne réagisse, contrairement aux réseaux sociaux et même à Joe Biden qui en a fait des produits dérivés immédiatement épuisés., défendu Donald Trump et son bilan, mieux que ne le fait le Président lui-même le plus souvent. Il a esquivé avec un aplomb remarquable les questions délicates de la modératrice (qui avait manifestement décidé de ne pas insister pour obtenir des réponses, laissant beaucoup de commentateurs et téléspectateurs sur leur faim) sur le non-respect par le Président des recommandations sanitaires de sa propre administration, l’absence de plan du Président en matière d’assurance santé, ou le refus de Trump de s’engager à reconnaître le résultat de l’élection, etc.

Mais il a aussi été offensif et fait passer ses messages, là encore bien mieux que ne l’avait fait Trump lors du premier débat présidentiel, sur les différences idéologiques entre les deux candidats et le « risque » qu’il y aurait à élire Joe Biden.

Sans oublier d’attaquer ce dernier et sa colistière à chaque occasion, ou de relayer, pour faire plaisir aux plus fervents supporters de Trump (au premier rang desquels le Président lui-même), quelques théories conspirationnistes en vogue dans la Trumposphère (sur l’acharnement contre le Président des démocrates et la volonté de le renverser, sur le fait que l’administration Obama aurait espionné l’entourage de Trump pendant la campagne de 2016, sur la fraude électorale, etc.).

Ce faisant, Pence, au-delà de faire plaisir au Président en lui montrant une totale loyauté (et de confirmer qu’il pourrait être un prétendant sérieux pour 2024), a sans doute montré que, malgré le bilan catastrophique de ses derniers mois, il y avait peut-être un chemin possible pour tenter de rattraper le retard actuel de Trump dans les sondages, à condition de s’en tenir à une ligne directrice fixe.

Car il a fait exactement ce qui aurait pu mettre Joe Biden beaucoup plus en difficulté qu’il ne l’a été lors du débat du 29 septembre : insister sur les divergences en matière d’économie, qui reste le seul sujet sur lequel les électeurs encore accorder plus de crédit au Président qu’à son adversaire démocrate, et notamment agiter le spectre d’une hausse d’impôts, sujet qui pourrait ramener à la maison des républicains tentés de sanctionner Trump.

En expliquant, pour défendre la gestion de la pandémie de l’administration Trump, qu’il fallait faire confiance à la responsabilité individuelle des américains plutôt que d’imposer des mesures dommageables pour l’économie, il a aussi brandi un marqueur fort pour les électeurs républicains, celui de l’opposition à un état fédéral qui s’immiscerait en permanence dans la vie des américains.

Mais pour creuser ce sillon dessiné par Pence et envisager de récupérer des électeurs républicains partis voir ailleurs, ce qui serait une première étape vers un rééquilibrage des intentions de vote, il faudrait d’abord que le Président accepte de se discipliner et d’appliquer un plan précis sans céder à ses intuitions et autres coups de colère.

Or cela n’a jamais été le cas et cela semble être définitivement hors de portée si l’on se fie à son attitude depuis qu’il a contracté le Covid19 ou à une interview sur Fox News le 8 octobre14Il y fait une interview tous les jours, pour occuper le terrain, mais aussi pour se rassurer dans la mesure où les animteurs des émissions dans desquelles il s’invite lui sont totalement acquis. lors de laquelle, plutôt que de s’appuyer sur les bases posées par Pence la veille, il a accusé Joe Biden de vouloir détruire les banlieues, de soutenir le gouverneur de Virginie qui veut « exécuter des bébés » (il faisait référence à un débat en cours sur l’autorisation des avortements tardifs en cas de mise en danger de la mère) et traité Kamala Harris de « monstre » qui se positionnerait « encore une étape au-delà du socialisme ».

Finalement, même si les médias avaient essayé de redonner un peu d’importance au débat des vice-président, tout le monde a très vite conclu, puisque Kamala Harris n’avait pas fait de faute, et puisque le Président semble décidé à continuer à mener campagne à sa façon, qu’il n’aura probablement aucun impact sur le résultat de l’élection présidentielle (au mieux chacune des deux campagnes pourra utiliser les meilleurs moments de son candidat ou de sa candidate pour la campagne digitale). Dès lors, deux jours après, le débat a presque disparu de l’actualité, pour être rangé parmi les péripéties mineures de la campagne.

Pourtant, les observateurs ont tous souligné leur soulagement, après le spectacle affligeant proposé par les deux candidats à la Présidence la semaine dernière, d’avoir assisté à un débat beaucoup plus classique et dans les canons habituels. Avec, certes, beaucoup d’allégations mensongères côté Pence, mais aussi une vraie confrontation d’idées, et, à défaut le plus souvent d’échanges construits et de véritable débat, l’exposition claire des divergences de vues sur l’économie, le changement climatique, la justice raciale, les violences policières, la politique internationale des Etats-Unis, etc.

Mais c’est sans doute, et paradoxalement, l’absence de « spectacle » et la trop bonne tenue du débat qui l’ont immédiatement relegué au second plan de l’actualité, noyé derrière les polémiques sur le prochain débat présidentiel et les dernières frasques du Président, qui veut reprendre sa campagne de terrain dès samedi prochain, qui prétend que sa maladie est une bénediction car elle a permis d’identifier un remède miracle, qui veut que le FBI arrête Barack Obama, etc15Ces déclarations auront sans doute déjà été remplacées à la une par d’autres du méme accabit lorsque le lecteur lira cette chronique..

On ne voit pas très bien comment, en faisant l’actualité de cette façon, le Président sortant peut rattraper son retard, et c’est tant mieux pour Joe Biden. En revanche, le fait qu’un débat qui a permis pour la première fois depuis des semaines d’aborder (un peu) quelques questions de fond soit immédiatement supplanté par des tweets et vidéos présidentielles largement sans queue ni tête, montrent bien comment Trump a fait du mal au débat politique, au sens noble du terme, aux Etats-Unis.

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